Ne vous amusez pas à compter les manifestants, d'autres le font très mal pour vous.
En 2010, le principe du comptage d'un cortège est ultra simple : là où un flic voit un manifestant corpulent, un syndicaliste voit 3 manifestants. Si c'est un petit maigre, le syndicaliste se contente de deux. Une femme enceinte, c'est deux manifestants. Trois si on espère des jumeaux.
Ne comptez pas arriver à une évaluation honnête : on attend les estimations les plus crédibles, et on multiplie par 3.
L'exagération est submergée par l'enflure.
Le sondage donnant 99 % de l'opinion publique favorable "au mouvement" est pour bientôt.
Un citoyen ordinaire, employé dans le privé, me dit qu'il a été bloqué par un cortège de manifestants qui n'en finissait plus de freiner, mais il est incapable d'être plus précis. Par contre il sait qu'il a perdu de l'argent ce jour là, car il est rémunéré au résultat.
Pas sûr que le manifestant perde de l'argent lui, quant il lambine sur le pavé pour faire durer le cortège. Des camarades bienveillants pourraient se tromper lors des retenues sur salaire pour jours de grève. Dans la fonction publique, les petits arrangements restent privés.
Par précaution, on a toujours une feuille de paie prête au cas où un journaliste fouineur voudrait savoir si ces retenues ont bien été effectives. Et puis s'il faut vraiment amputer la feuille de paie, on trouvera bien une astuce avec les milliards du comité d'entreprise d'EDF pour assècher les larmes.
Et c'est ainsi que les syndicalistes français arriveront à faire rentrer 240.000 manifestants dans un stade de 80.000 places... prodigieux !