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lundi 22 février 2010

Médaille ou dictée ?

Le rapprochement paraîtra cocasse.
Quel rapport entre une médaille aux JO et une dictée ?

Eh bien, j'en vois un.
En ce moment le PS est empêtré dans l'affaire Frèche, professeur de lettres - encore un prof - qui tient sa région en apeurant tous ceux qui oseraient lui tenir tête, ne serait-ce qu'une minute. Ce qui lui donne l'audace de dire crûment tout ce qu'il pense, un peu comme Jean Marie.

Un jour il déclara qu'il y avait trop de noirs dans l'équipe de France. 8 sur 11.
Tout le monde est passé à coté de la bonne réponse : oui, ils sont nombreux, mais pour une raison qui échappe à nombre d'observateurs.


En fait les places sont libres, et si elles le sont c'est principalement parce que depuis très très longtemps, c'est à dire bien avant que la France ne devienne métissée et colorée, le sport a été et reste considéré comme un domaine sans véritable intérêt.


Les noirs occupent le terrain, parce qu'ils n'ont pas assez de concurrents blancs. Au contraire des autres grandes nations européennes, Allemagne, Angleterre en particulier, qui ont des équipes majoritairement "blanches".
Pourquoi ? Parce que le sport occupe dès l'école une place primordiale dans leur stratégie éducative. Et ce depuis des générations.
Les JO de Vancouver nous en donnent la preuve : aujourd'hui, après 11 jours de JO l'Allemagne a deux fois et demi plus de médailles que la France. Et si vous comptez les médailles sans le sport confidentiel qu'est le Bi-Athlon, sport des douaniers, la comparaison est quasiment honteuse.
Or n'avons nous pas plus de massifs montagneux qu'en Allemagne et bien mieux répartis : Alpes, Pyrénnées, Vosges, Massif Central, Jura. La population montagnarde d'Allemagne est probablement assez inférieure à celle de la France.



La raison ? L'activité physique chez nous est considérée comme un moyen de rester en bonne santé, surement pas comme une discipline : d'ailleurs le sport est rattaché au ministère de la santé de l'inénarrable Roselyne ! Epidémies et sports, il n'y a que nous pour faire des associations aussi étonnantes. Le jour où le Ministère des Sports sera un grand ministère convoité n'est pas encore arrivé.


A l'opposé du sport, les jeux de l'esprit occupent toute l'intelligence française, intensément mobilisée par le message que la France se doit de délivrer au monde, mais bien incapable de citer le nom d'un médaillé étranger. Jean d'Ormesson, esprit malicieux et plume spirituelle, a eu et aura encore des temps d'antenne infiniment supérieurs à Jean Claude Killy. La culture mène aux poings, et Jack Lang est encore au pinacle.

Par contre nos journalites savent encenser jusqu'à l'emphase l'espoir sportif doué qui pourrait faire mentir la cruelle réalité : le sport ne nous intéresse pas vraiment, bien trop vulgaire.
Quand nous tenons un sportif qui a du talent - Marie-José Perec, Alphand, Loeb, Zidane, Poiré, etc... - nous nous persuadons que nous sommes devenus une nation sportive, mais dès qu'ils prennent leur retraite, il faut revenir dans le rang des "petites" nations sportives.
Même Yannick Noah, qui serait la personnalité préférée des français ( ? ) a atteint son Graal avec un seul tournoi du grand Chelem.

Dès qu'il y a un bon résultat, le Président pré-empte la photo à l'Elysée, c'est dire si la récupération de l'oiseau rare est soigneusement préparée.
L'émission quotidienne de la télevision publique "Questions pour un champion" dure depuis des lutres. Elle captive tous ceux qui jaugent leurs connaissances, sport national très prisé. Même les élèves des grandes écoles s'en délectent. Vous la voyez remplacée par une émission sportive ? Elle durerait à peine trois mois devant l'avalanche de protestations ?

La dictée de Bernard Pivot a enthousisamé les érudits, les universitaires, et tout le peuple des sachants. C'est tellement plus passionnant de trouver le pluriel d'un môt composé ardu que d'atteindre les minima d'une sélection sportive.
Bon, après tout ce n'est que du sport.


Et c'est ainsi que le peuple veut... des médailles et des titres de champions, alors que ses élites, qui choisissent, préfèrent mille fois les virtuoses de la dictée et les forts en thème...





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